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CQFD : comment diffuser les solutions performantes pour le logement ?

Les constructeurs savent de longue date concevoir et réaliser, dans le respect du budget des maîtres d’ouvrage, des bâtiments répondant aux exigences des occupants en matière de sécurité, de sûreté, de protection contre les effets des agents climatiques, d’intégration au site, ainsi qu’ils savent procurer la valeur symbolique attachée à certains bâtiments.

Les exigences croissantes de confort ont pu être satisfaites au XXe siècle sans refonte majeure des procédés de construction notamment du fait de la disponibilité d’une énergie abondante à bon marché. On ne peut bien entendu pas passer sous silence les évolutions de ces procédés visant à des gains de productivité, mais celles-ci n’ont toutefois pas durablement bouleversé la palette des techniques couramment utilisées.

Le choc pétrolier de 1973 a marqué une rupture dans cette évolution en aidant à une première prise de conscience du caractère non pérenne de l’accès aisé aux sources d’énergies non renouvelables. Des réglementations thermiques (RT) de plus en plus exigeantes ont accompagné et continuent d’accompagner cette prise de conscience, renforcée dans les années 1990 par l’émergence des questions environnementales et plus récemment par les perspectives de changement climatique. Les effets des RT successives sont perceptibles à la lecture de l’évolution de la consommation nationale en fonction du temps et, partant, de la croissance du parc : la consommation croît significativement moins vite que le parc. Ce résultat a été obtenu en quelques décennies sans révision fondamentale du process de construction. Les avancées techniques réalisées par les industriels fabriquant des produits d’enveloppe et des équipements énergétiques ont largement contribué au résultat actuel.

Le renfort des exigences thermiques a notamment deux conséquences. Premièrement, il ne doit pas faire oublier qu’un bâtiment est avant tout un système et ne saurait en aucun cas être réduit à une simple « machine thermique ». Outre les performances thermiques, un bâtiment assure de multiples fonctions techniques et symboliques évoquées précédemment. Deuxièmement, l’importance relative des imperfections (ponts thermiques, infiltrations en particulier) croît au fur et à mesure que les performances globales augmentent.

La banalisation de solutions constructives efficientes destinées à limiter les effets de ces imperfections tout en assurant les autres fonctions attendues du bâtiment amène à porter une plus grande attention tant au stade de la conception qu’au stade de la réalisation. Par ailleurs, le souci de maintenir dans le temps des niveaux de performance proches du nominal remet en avant la question de la maintenabilité des bâtiments et des équipements.

Ceci constitue potentiellement un réel changement pour les constructeurs car les points de détail ne peuvent plus être ignorés sans conséquence sur le niveau de performance attendu. Chaque acteur pris séparément saura apporter le soin nécessaire a son intervention mais une amélioration de la coordination et de la concertation en amont et en aval du projet devient nécessaire afin que le bâtiment dans son ensemble bénéficie non seulement de l’apport de chacun mais également de la confrontation fructueuse des points de vue et des savoirs.

Comment organiser la chaîne d’acteurs de manière à relever ce challenge ? Quelles évolutions pourraient induire cette nouvelle donne, cette nouvelle manière de conduire une opération de construction ? Comment tirer parti des évolutions techniques notamment en accompagnant les concepteurs et les entreprises de construction et de maintenance ?

Le programme CQFD a l’ambition d’explorer ces questions et de faire émerger des voies alternatives aux solutions traditionnelles afin de produire, de manière économiquement compatible avec les budgets disponibles, des bâtiments répondant aux exigences du XXIème siècle.

La troisième session de ce programme affiche pour le logement un objectif de performance énergétique de niveau BBC. Ce niveau est notamment recherché par l’intégration de moyens techniques visant à réduire les consommations énergétiques en mobilisant des possibilités éprouvées (isolation, inertie, surfaces vitrées, orientation…), à valoriser les sources d’énergie renouvelables.

Sur le plan architectural, cette intégration passe par la recherche d’une compacité adéquate des bâtiments, d’une densité « équilibrée » visant à une meilleure intégration dans le tissu urbain en favorisant l’adaptation des solutions CQFD à la grande variété de configurations liées au contexte de chaque opération. Le programme CQFD vise par ailleurs à la banalisation de ces solutions afin d’en garantir une large diffusion.

Jean-Luc Salagnac – CSTB, Pôle Services, Process, Innovation