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Des résultats mitigés ? Les enjeux de la qualité architecturale

Les causes des résultats mitigés

Les entretiens avec les équipes lauréates laissent apparaître un sentiment général quelque peu mitigé sur leur bilan de l’appel à projets CQFD, malgré le nombre important d’opérations actuellement lancées par les maîtres d’ouvrage.

Diverses causes peuvent l’expliquer :
- Une configuration d’équipe qui s’avère mal adaptée aux différentes problématiques : conceptuelle, juridique, opérationnelle… La question du mandataire de l’équipe y joue un rôle important.
- La problématique juridique (argument systématique de tous les acteurs) notamment sur la question de la procédure conception-réalisation, côté MOE et côté MOA. Comment se donner les moyens juridiques pour réaliser les projets ?
- La difficulté de faire converger une triple logique projet/ produit/ commande pour concrétiser l’innovation malgré des motivations parfois divergentes (architectes, industriels, entreprises, maîtres d’ouvrage).
- Un manque de communication CQFD auprès de tous les acteurs et surtout MOA.
- La lenteur de la mise en place des nouvelles approches "concourantes", essentielles dans la démarche CQFD.

Qualité architecturale et innovation technique

La nécessité de lier innovation architecturale et innovation technique paraît dépendre beaucoup des motivations et de la « culture » architecturale plus ou moins affirmée des différents acteurs concernés (architectes, industriels, MOA…) : typologies, usages, enjeux urbains, composition plastique, modularité mais aussi performances, normes, solutions constructives…

L’"innovation architecturale" qu’on pourrait aussi appeler la logique, la dynamique de "projet" est indispensable pour donner une cohérence aux nouvelles données inéluctables (environnement, BBC, THPE, nouvelles orientations d’usage) et aux innovations techniques qui en découlent. Par ailleurs, la quantité de production que suppose une production industrielle d’un procédé innovant peut s’avérer être en opposition avec la volonté de qualité architecturale (question de la répétition, de la modularité, de l’adaptation…). Celle-ci nécessite donc d’être réévaluée à chaque opération. L’innovation technique proposée ne doit donc pas dispenser de la démarche itérative qu’exige le souci de qualité architecturale.

D’une manière générale, les notions de qualité et d’innovation architecturale font référence à une terminologie qui recouvre des définitions et des logiques qui varient selon les acteurs.

Qualité architecurale : quelle définition selon quels acteurs ?

Le point de vue des architectes

Atelier15 : Élaborer une démarche qui allie architecture et ingénierie afin de définir par exemple ce qu’est "une peau intelligente" vis-à-vis des échanges thermiques, d’air etc… Optimiser les performances de la peau du logement permettrait aux habitants de réaliser une économie importante des charges locatives et ainsi de mieux faire face aux charges communes. La dégradation progressive des édifices au fil du temps par manque d’entretien pourrait être évitée. La qualité architecturale part d’une démarche technique pour optimiser au final la durabilité et la qualité des édifices dans le temps ;

Lacaton & Vassal : optimiser l’économie globale (et pas seulement le "coût") pour apporter plus d’espace, de lumière, d’usages aux futurs usagers ;

Colboc Franzen : faire converger les nouvelles exigences environnementales (BBC,THPE), avec les exigences architecturales en tirant notamment parti de la modularité ; trouver de nouvelles solutions architecturales pour répondre aux nouvelles contraintes ;

Eric Lenoir : tenter de nouveaux assemblages (par exemple bois/acier) pour atteindre de nouvelles performances ;

Nicolas Favet : travailler les process d’industrialisation très en amont pour normaliser une typologie de logement très bonne, répétitive mais adaptable aux différentes situations. Cette démarche pourrait être appliquée à la filière bois ou traditionnelle (béton).

Les équipes font aussi références à la question de la qualité urbaine : densité, étalement urbain, à la qualité environnementale : performances thermiques, nouvelles répartitions des espaces intérieurs/extérieurs etc…

Le point de vue des industriels et des entreprises

La notion de qualité répond plus à la qualité du produit-logement, au fait d’atteindre les performances attendues (performances thermiques, acoustiques etc...), et à la notion de prestations "de qualité" (finitions, produits utilisés etc…). La question des attentes du futur usager semble passer au second plan, ou du moins est limitée à la réponse donnée aux nouvelles normes. Poser la question de la qualité architecturale et de l’innovation technique c’est poser la question : « quels moyens pour quelles fins ? ».

Une tentative d’approche synthétique

Le succès d’une démarche CQFD semble devoir passer par des voies obligées tout en évitant certains écueils. Depuis la formation de l’équipe jusqu’à la mise en chantier d’une opération, les atouts et les caractéristiques d’une étape de l’opération peuvent s’avérer être un inconvénient à une étape suivante. Par exemple :

- l’innovation ne peut être réalisée par chaque discipline isolée, mais par une conception concourante (architecte + industriel mini + entreprise éventuellement) ;
- le cadre juridique qui permet cette conception concourante est la conception-réalisation ;
- la conception-réalisation ne garantit pas la qualité architecturale, et est parfois envisagée avec réticence par les MOA.

Toutes les équipes seront confrontées à cette problématique et devront y répondre spécifiquement. L’approche d’atelier 15 semble très constructive et pragmatique : remodeler le cadre juridique existant pour permettre le succès de l’approche innovante du début jusqu’à la fin en garantissant la qualité architecturale. La capacité de choix dans le mode de dévolution des marchés joue aussi un rôle prépondérant : le mode de dévolution en lots séparés s’avère souvent contradictoire avec une démarche innovante dans laquelle l’optimisation des délais est importante.

Il est nécessaire de distinguer la qualité architecturale selon deux volets : la conception puis la réalisation. Avoir la volonté d’innover et insister sur la qualité architecturale, c’est inévitablement repositionner l’architecte dans une configuration et un cadre juridique où le rôle de chacun doit être repensé par rapport aux procédures classiques.

La question de l’ensemblier, unique opérateur économique, est importante au regard de cette problématique. L’architecte peut-il vraiment être le mandataire d’un tel ensemble vis-à-vis du poids financier que cela représente ? S’il n’est pas le mandataire, peut-il garantir la qualité architecturale ?

Mikael Seban, architecte