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Enquête aurpès des maîtres d’ouvrage

Une enquête auprès des maîtres d’ouvrage engagés dans CQFD permet de dégager quelques tendances dans l’accueil réservé à CQFD, de l’expectative à l’enthousiasme.

Les objectifs principaux de CQFD s’inscrivent dans une démarche d’industrialisation de procédés constructifs, avec des équipes déjà constituées (maître d’œuvre, ingénierie et entreprise) qui s’engagent dans la réalisation d’opérations dans le cadre du programme national de rénovation urbaine. De nombreux maîtres d’ouvrages ont manifesté leur intérêt pour le dispositif. Quelques opérations sont achevées, d’autres sont en cours de montage, d’autres sont abandonnées ou prennent des chemins de traverse. Quel intérêt pour les maîtres d’ouvrage à s’engager dans la démarche ? Quelles difficultés rencontrent-ils ? Une enquête auprès d’une soixantaine de maîtres d’ouvrage engagés dans CQFD permet de dégager les points forts et les incertitudes de CQFD.

Préjugés ?

« Industrialisation » : le spectre des « préfas » et des chemins de grue surgirait-il encore à l’énoncé du mot, associé à des constructions de piètre qualité architecturale, répétitives, sonores, accablantes comme des sinistres à venir ou comme une promesse de démolition future ?

« Innovation » : cette fois, on évoque des procédés industriels réputés peu compatibles avec le logement social, qui devrait répondre aux attentes supposées du public et aux habitudes de gestion et de maintenance de l’organisme. Serait-il risqué de choisir un procédé technique que l’on ne maîtrise pas, en utilisant une procédure sortant du cadre classique ?

Audace

On peut pourtant percevoir le caractère industrialisé des projets comme un atout pour le raccourcissement des délais et la fiabilité technique, comme occasion de donner à l’organisme une image tonique auprès du public et des pouvoirs publics. Au 31 décembre 2012, toutes les constructions neuves devront se plier aux impératifs « BBC » - bâtiment basse consommation : il faudra alors innover, construire autrement, mieux, plus « durable »… Les techniques, qui seront forcément nouvelles, demanderont à être apprivoisées : CQFD peut être l’occasion de « se faire la main » en approchant la difficulté en douceur, en observant les points critiques, en infléchissant des habitudes dans le sens d’une meilleure performance, d’une attention portée sur ce qui fera la qualité et non, comme trop souvent, sur ce qui produira la non-qualité.
C’est que l’industrie de la construction a, comme toute industrie, évolué, tout en gardant des traditions, des savoir-faire qui sont à réinventer, à réinterpréter, non à jeter. Chacun des acteurs est amené à s’interroger, à redéfinir sa position.

Les « plus »

Premier point à retenir de l’enquête auprès des maîtres d’ouvrage : le « D » de délais, qu’il s’agisse du montage de l’opération ou du chantier. Plusieurs interlocuteurs mentionnent un gain de six mois pour la construction, d’autres un gain de temps égal dans la phase de conception et de montage de l’opération.

Deuxième point, la qualité : qualité technique des procédés, mais aussi, et peut-être surtout, qualité du dialogue qui s’instaure entre tous les acteurs, chacun devant avoir défini à l’avance avec la plus grande précision son rôle, ses objectifs, ses moyens. Qualité du chantier, où le maître d’ouvrage a un interlocuteur, pas dix.

En ce qui concerne les coûts, ils sont sans surprise et restent, pour une performance supérieure, dans les enveloppes habituelles.

CQFD ? Oui, mais…

Les phases initiales du montage des opérations ont pu être incertaines : on s’est souvent demandé comment interpréter l’article 75, comment consulter les équipes, ou encore si l’on pouvait faire appel à un architecte différent, en demander plus que ce qui figurait dans les propositions initiales des équipes, faire travailler les entreprises locales...

Peu de maîtres d’ouvrage sont rompus à la démarche de « conception-réalisation », aucun – et pour cause, il est nouveau – ne s’était livré à l’exégèse de l’article 75 du Code des marchés. Les innovations aussi bien administratives que techniques ont pu bousculer des habitudes acquises, mais aussi renouveler les pratiques, amener à se poser des questions inédites. Les plus jeunes des chargés d’opérations ont été formels : CQFD a leur a semblé souffler un petit vent nouveau…

Il reste des questions, auxquelles CQFD 3 devrait apporter réponse : si la fiabilité des procédés est peu mise en doute, la pérennité des équipes est perçue comme fragile, sauf lorsqu’il s’agit d’entreprises générales ayant déjà la maîtrise de l’évolution des process de construction, organisées, soucieuses de l’introduction d’innovations dans leurs habitudes. Plusieurs projets ont vu s’éclipser un ou plusieurs partenaires, rendant obsolète la notion d’équipe. Certaines équipes se sont présentées « à géométrie variable », en changeant d’architecte ou de BET. De même, la fiabilité des industriels soulève des interrogations, avant tout pour des raisons de différences d’univers professionnel et culturel : l’industriel serait peu investi dans le projet de construction, pur technicien ou pur commercial : sa tâche s’achève quand commence celle des autres. La jonction entre des univers professionnels et culturels très différents n’est sans doute pas faite : elle est pourtant incontournable. Avec plus de mille logements en cours de construction, CQFD y contribue.

Des points de vue différenciés

Les points de vue des maîtres d’ouvrage se différencient en fonction de plusieurs critères :

- production annuelle : lorsque l’organisme a une production modeste, on décèle une certaine prudence : « 10 logements sur 100, ça fait 10 % : si on se trompe, c’est énorme. Autant attendre de voir ce que ça donne ». Là, ce n’est pas l’industrialisation qui suscite la prudence, mais l’innovation, qu’elle soit technique ou organisationnelle.

- habitudes acquises : « on fait bien ce qu’on sait faire ». L’introduction d’un mode de passation des marchés « spécial » (article 75, conception/réalisation) a pu freiner des maîtres d’ouvrage.

- âge de l’interlocuteur : il faut noter la jeunesse (dans l’absolu, et dans le métier) de bon nombre de chargés d’opérations impliqués dans CQFD, qui manifestent un vif intérêt pour l’innovation sous toutes ses formes : modalités de montage de l’opération, formes architecturales, aspects techniques, image « tonique » dont bénéficie l’organisme…

- statut de l’interlocuteur : les services juridiques et administratifs sont plus réticents à se lancer dans CQFD que les chargés d’opérations qui suivent les chantiers, soucieux d’innover et de sortir de la routine.

GC