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La parole aux architectes

Propos recueillis auprès des architectes des équipes lauréates


Préfabrication, mais le chantier !

« Les maîtres d’ouvrage disent qu’il ’est nécessaire de modifier les modes constructifs (ils ne savent souvent pas comment) et lorsqu’ils décident de partir avec un système de pré-fabrication type parachèvement en atelier, ils ne se posent pas la question du protocole de chantier : cela reste le problème de l’architecte. Le maître d’ouvrage a une position classique : on fait appel à un architecte, on a un cadre réglementaire auquel on ne peut pas déroger et les difficultés doivent être gérées par l’architecte. L’avantage du concept CQFD devient un inconvénient dans le cadre d’une dévolution classique, notamment pour le déroulement du chantier ».

Assembleur, un métier ?

« Je ne suis pas parvenu à intéresser un assembleur à mon procédé d’autant qu’un assembleur … cela n’existe pas dans le bâtiment ! Ceux qui font des tentatives de concept innovant, sont tous en liaison avec un constructeur ou un industriel. Les entreprises de bâtiment sont trop formatées sur un protocole traditionnel de mise en œuvre, de dévolution de marchés, de passation de commandes. Elles n’ont pas envie d’en sortir parce que pour le moment ça marche. Moi je n’arrive pas à trouver quelqu’un qui fait du clé en main tous corps d’état.

Je n’arrive pas à monter d’équipe pour pouvoir répondre en conception-réalisation. Pour pouvoir éviter le système traditionnel, il faut avoir un système performant en préfabrication, donc une entreprise ou un industriel, et je ne sais pas où ils sont. Je n’ai personne qui puisse assurer la pérennité du mode constructif.

Pour la prochaine cession CQFD, j’aimerai approfondir les solutions mixtes bois/acier, mais pour l’instant cela reste une démarche conceptuelle sans certitude de savoir s’il y a des partenariats possibles. Mettre au point un système d’assemblage mixte et ensuite rassembler des gens qui ne sont pas faits pour être rassemblés, c’est difficile. Comment les convaincre de changer leurs habitudes ? »

Des tandems maîtres d’œuvre/entreprises ?

« Les maîtres d’ouvrage souhaitaient très précisément des tandems maître d’œuvre/entreprise probablement pour faire de la conception-réalisation. Les opérateurs qui nous ont contacté étaient dans la démarche de prendre un produit global qui leur permettrait d’aller directement à la construction. Définir un produit qui pourrait se positionner de façon indifférenciée dans tel ou tel endroit ne correspond pas à notre conception des choses. Ce qui nous intéresse c’est plutôt d’utiliser des produits standards qui rentrent dans la conception d’un bâtiment, qui permettent d’améliorer son économie mais aussi qui permettent d’apporter de la souplesse de conception de projet. La qualité du logement reste pour nous l’objectif prioritaire qui se concrétise pour nous par notamment plus d’espace : comment l’économie d’énergie peut apporter de l’espace en plus, ou de l’espace intermédiaire (serres, jardins d’hiver …).
Nous n’avons pas d’a priori sur la conception-réalisation à condition de pouvoir former un tandem avec une entreprise basé sur des objectifs de qualitéNous répondons actuellement en conception-réalisation avec une petite entreprise, et nous pensons que cela pourra être concluant parce qu’il y aura moins de pression économique ».

De la difficulté de s’engager sur de nouvelles procédures

« Nous avons répondu à plusieurs concours ; nous avons été soit contactés par des opérateurs, soit nous avons répondu à des annonces. Il semble que la démarche de lancer des opérations CQFD par les maîtres d’ouvrages est très récente. Plusieurs facteurs pourraient l’expliquer, un manque d’information, mais aussi une certaine frilosité devant les nouvelles procédures (article 75 du CMP). Les services juridiques ont du mal à intégrer de nouveaux modes de commandes, et surtout le fait d’avoir à justifier auprès de leurs partenaires (architectes, entreprises) ces nouvelles procédures qui les écartent de certains marchés. Parfois il semble que les opérateurs conservent la procédure classique peut-être pour contourner l’article 75, et du coup perdent beaucoup des avantages du label CQFD notamment au niveau des délais ».

Mais une nouvelle procédure qu’il faut bien maîtriser !

« Il s’est passé beaucoup de temps après l’appel à projet avant que nous soyons consultés sur des opérations CQFD, la première fois datant de 2009.
Je m’interroge sur l’intérêt de CQFD lorsque l’architecte n’est pas mandataire : comment garantir la qualité architecturale ? L’expérience montre que ce ne sont pas les entreprises qui en sont garantes, parce que tout simplement ce n’est pas leur culture. Notre rôle c’est de promouvoir une certaine culture architecturale. A ce titre, nous ne sommes donc pas forcément un atout pour l’entreprise : nous sommes très exigent sur les aspects architecturaux et ne « lâchons rien ».

Si la procédure CQFD est mal maîtrisée, elle pourrait être perçue comme du PPP déguisé dans lequel l’architecte ne serait qu’un alibi créatif : les maîtres d’ouvrage s’y intéresseraient pour la faible durée des délais (pas d’appel d’offres), et une certaine sécurité sur les coûts.
Notre approche de CQFD est de proposer via la filière traditionnelle, une matière à projet et non un produit fini qui serait répété de façon identique. L’intérêt de CQFD pour nous est là : être exigeant sur les nouvelles normes (BBC, THPE…), la qualité architecturale (notamment la modularité), tout en étant performant sur le coût et les délais ».

Que d’inerties dans le secteur du logement !

Le secteur tertiaire est très dynamique, contrairement au logement où les choses restent très timides. Le traditionnel est très ancré dans les esprits, avec des solutions alternatives, il faut vaincre les inerties et convaincre les MOA, les architectes, les clients potentiels ; que les choses fassent leur chemin. »

La conception construction : CQFD !

« Les maîtres d’ouvrages semblent avoir des craintes sur un aspect du montage CQFD, à savoir la conception construction. et malgré leur intérêt pour la démarche CQFD on sent des hésitations des MOA sur les possibilités de concrétisation de contrats.

La plus grande difficulté juridique à laquelle nous sommes confrontés c’est qu’il y a deux types de marchés que l’on propose : le lot concepteur et le lot réalisateur avec deux mandataires successifs : l’architecte et l’entreprise. Cette configuration semblent comporter le risque que l’entreprise fasse « la loi » sur le chantier, sans contrôle de l’architecte qui est a priori chargé de préserver les intérêts de la maîtrise d’ouvrage

Je tente actuellement d’aider des MOA à lancer des marchés de cette nature mais en proposant de laisser l’architecte mandataire sur l’ensemble de l’opération et aussi dans la dévolution des marchés de travailler en macro-lots, ce qui est plus dynamique et moins risqué.

Un modèle type conception/réalisation (avec architecte mandataire en phase 1 et entreprise en phase 2), élaboré par le CSTB, a été publié dans le Moniteur en 2006. A mon avis, c’était bien monté. L’idée c’est de faire évoluer ce modèle unique de marché conception-réalisation vers d’autres configurations possibles.

Nous plaidons pour la conception-réalisation parce que chacun dans sa discipline n’est pas en capacité d’innover : ni l’architecte, ni le constructeur, ni le fournisseur. Cela permet de travailler de façon transparente avec une entreprise, de pousser une optimisation coût/qualité (et éviter les réponses infructueuses qui ont pu atteindre jusqu’à 40% en 2000) et de travailler sur les concepts innovants.

Donc oui à la conception-réalisation mais avec des garde-fous. Je préfère travailler avec les entreprises en intégrant les contraintes économiques et optimiser le rapport coût/qualité, sans varianter derrière. Si l’innovation n’est pas travaillée en amont, elle se répercute sur les prix qui seront majorés par les entreprises.

On a pensé que pour innover il fallait l’industriel avec nous, afin de proposer des solutions conformes avec les normes françaises. Sans avoir de tandem avec une entreprise cela nous donne une souplesse et une liberté concernant la localisation géographique de l’opération. Nous choisissons donc une entreprise pour la conception-réalisation au coup par coup selon les opérations.

Ce qui nous chagrine un peu c’est que la règle d’informer par courrier l’ensemble des lauréats du lancement d’une opération CQFD n’est pas toujours respectée. On découvre souvent trop tard qu’un CQFD a été lancé.

Qualité architecturale /innovation technique

Nous avons une approche plus technique que la plupart des architectes français : nous avons plus une culture allemande et suisse, nos collaborateurs ont aussi travaillé aux USA en Suède… Notre démarche fait intervenir l’ingénierie dans la conception architecturale dès le début. Nous ne faisons pas d’architecture d’image.
Par exemple, pour nous la question de la qualité architecturale c’est définir ce qu’est une « paroi intelligente » : si on en arrive au BBC c’est la continuité de notre travail depuis 15 ans.

Industrialiser, disait-il ?

« Je crois beaucoup à la démarche CQFD, je suis très motivé : les réflexions de démarche industrialisée sont au cœur de mon activité. J’ai pu parallèlement travailler avec d’autres entreprises et développer un catalogue de maisons et lancer les commercialisations. J’avais été frappé sur CQFD 1 et 2 qu’il y ait eu autant d’industriels bois et si peu d’industriels béton. J’envisage d’explorer cette voie en plus de la filière bois.

On se pense la question dans le mauvais sens en France sur l’industrialisation du logement : soit ce sont des démarches d’entreprises où l’on optimise par petits bouts ; soit des démarches d’industriels où des professions, par exemple du bois, essaient de faire du logement. Il manque une vraie démarche comme en Scandinavie, où on prend le problème de l’industrialisation et on adapte le logement. C’est une démarche radicale, pas du tout de bon ton parmi les architectes français. Par exemple en Finlande, les industriels ont un poids de 80% sur les typologies, relativement répétitives, mais le gros avantage c’est qu’il y a que des bons logements, parce qu’il y a un effort d’étude considérable pour intégrer ce que les architectes proposent opération après opération. Depuis pas mal d’années, il y a une vraie capitalisation de savoir-faire du logement. En France, la construction c’est du béton à 80, 90%, seulement les architectes font des pièces uniques à chaque fois. Il n’y a pas de capitalisation de savoir-faire au niveau des typologies, ni de capitalisation mutuelle architecte/industriel sur l’optimisation des process, plutôt que travailler en aval tout seul, pour faire du sur mesure à chaque fois.

Je fais actuellement un projet de vente personnalisée de logement en ligne, de vente en état futur d’achèvement. Les gens font leur choix de matériaux en ligne, en relation avec des show-rooms. Les scandinaves vont plus loin : ils ont un système de dalle de 40cm allégé, où l’on peut faire un gainage fluides horizontal : cela permet au sein d’un système industrialisé, d’avoir une personnalisation des typologies.

Dans l’esprit de CQFD , quel partenariat ?

"La procédure est délicate dans la configuration architecte+industriel : que se passe-t-il si un maître d’ouvrage veut du procédé avec l’industriel mais avec un autre architecte ? La démarche que l’on a essayé de mettre en place est celle-ci : 1/ mise au point de développement technique des process industriels (acoustique, réglementation etc…), 2/ mise au point de modèles de maison prototype, des modèles ouverts, où les plans de logement sont un peu cadrés mais où on peut intervenir sur l’aspect, l’organisation d’ensemble dans la cadre de contraintes industrielles, 3/ expérimenter en tant qu’architecte en mission complète sur 20/30 premiers logements pour faire un feed-back sur la technique et les modèles, ensuite l’industriel peut utiliser le modèle avec n’importe quel architecte où nous avons une rémunération aux royalties sur le CA global généré par le procédé.

Selon moi, la question de la qualité architecturale est indépendante de l’industrialisation : il y a des bons et des mauvais projets comme partout. Je milite beaucoup pour le PPP et le conception-réalisation. J’apprécie et je gère l’interaction avec une entreprise sans être pieds et poings liés. Pour moi, c’est un moyen formidable pour faire plus de qualité, je travaille sur la rationalité entre les critères techniques, économiques, environnementaux, fonctionnels, typologiques etc… En PPP, je considère que les architectes ont plus la main que sur des concours : on peut aller beaucoup plus loin, on peut parler de coût global, on peut argumenter sur beaucoup plus de critères.

Au plan juridique, la responsabilité, je ne pense pas qu’un MOA puisse choisir un architecte en tant que mandataire d’un groupement conception-réalisation. Pour réaliser 300 logements par exemple, jamais je n’aurai les garanties financières nécessaires, la MAF ne me suivra pas. Mais ce n’est pas parce que nous ne serons pas mandataire, que nous n’aurons pas de marge de manœuvre pour nous faire entendre, surtout en tant que co-traitant : au niveau de la conformité en PC, et à partir où on a des capacités de dialogue, de proposition, de négociation.

Un des points qui me semble le plus délicat sur le CQFD, c’est la possible divergence d’objectifs entre MOA et l’objectif de base de l’appel à projet qui vise à promouvoir l’innovation : les MOA sont peut être plus attirés par la simplification des procédures. »

Pas de modèle unique

« Avec un maître d’ouvrage, nous avons passé un marché-cadre : c’est un marché fournisseur/industriel qui fournit le produit, l’architecte est choisi par le maître d’ouvrage (privé) selon ses procédures internes. Je ne suis pas l’architecte exclusif : à ce titre je suis l’architecte concepteur avec obligation d’être mentionné. D’autres architectes utilisent ma conception en l’échange de quoi, je perçois des royalties. Ces architectes ont une certaine liberté – hormis le plan qui a été très finement calé, mais qui peut servir dans beaucoup cas de figures – liberté d’implantation au sol, de la couverture, des ouvertures, des matériaux.

D’un point de vue typologique, j’ai conçu mes plans de logements en essayant d’oublier au maximum l’idée des modules. En trouvant un plan qui soit adaptable nord, sud, est, ouest, qui soit agréable à vivre, rationnel, intelligent à construire, efficace mais convivial.

Nous aimerions montrer les développements nouveaux que nous envisageons de faire : résidences étudiants, loisirs, service, et petits collectifs (R+2, R+3). Nous sommes très sensibles à la question de la densité urbaine, nous sommes en contact avec les élus, nous travaillons dans les zones ANRU, cela fait longtemps que nous travaillons sur l’habitat social : on ne développe surtout pas de la maison individuelle diffuse. Nous faisons des recherches pour accroître la densité tout en préservant la qualité de vie. »