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Quelle équipe constituer ? quels partenariats ?

Par Mikael Seban, Architecte

L’enjeu de l’approche concourante

L’appel à projets CQFD 3 a pour objectif la convergence des exigences environnementales (performances BBC attendues), architecturales, urbaines, ainsi que des paramètres Coût, Qualité, Fiabilité et Délais, qui nécessite la rencontre en amont de compétences variées : architectes, ingénieurs, industriels, entreprises, équipementiers…

L’innovation ne peut être réalisée par chaque discipline isolée qui ne possède qu’une partie des compétences, savoir-faire, ou moyens nécessaires. Dans ce cadre, la conception concourante est indispensable à l’émergence d’alternatives aux démarches traditionnelles.

Aucune typologie d’équipe ne semble a priori plus adaptée qu’une autre pour remplir ces objectifs. Chaque équipe répond de manière spécifique et constitue sa composition en fonction du procédé innovant proposé et de la filière choisie.
Cependant, quelques grandes lignes se dégagent.

L’architecte + industriel

Cette configuration est la plus utilisée : plus de la moitié des équipes l’ont choisie pour développer principalement des solutions d’assemblage 2D, ou 3D, plutôt orientées vers le bois (environ 60%). Elle semble la plus porteuse pour répondre aux enjeux de l’appel à projets CQFD : croiser le process industriel avec une démarche architecturale. Selon le poids donné à l’architecte, très variable d’une équipe à l’autre, cela permet de développer des réponses et des expressions variées, tout en répondant à une échelle de fabrication importante (plusieurs milliers de logements par an). Des entreprises font parfois leur apparition en fin de process, lors de l’assemblage, ou du second œuvre selon que l’industriel le prenne en charge ou pas.

L’architecte + entreprises

Cette configuration représente 1/3 des équipes CQFD. Elle semble être plus particulièrement retenue par des équipes désirant optimiser les solutions de la filière traditionnelle ou d’assemblage 2D, en béton, métal ou composite. Les possibilités de préfabrication du béton, d’utilisation des bétons innovants, des profilés métalliques, l’assemblage atypique d’éléments existants (serres préfabriquées) offrent des possibilités nouvelles dans la typologie du logement, les nouveaux usages, les performances fiabilité/délais et coûts/qualité.
Cette typologie d’équipe semble parfois rester assez proche des procédures classiques, et se trouver confrontée à des difficultés opérationnelles : l’équipe peut être connotée « traditionnelle », et perçue comme telle par les entreprises et les MOA, qui jouent peu le jeu de l’innovation dans le protocole de chantier, ou les choix de procédure.

La question de l’acteur économique ensemblier

La question de l’ensemblier s’ouvre sur plusieurs problématiques notamment celle d’avoir un interlocuteur unique vis-à-vis du MOA ; celle du mandataire et de « sa solidité » économique au regard du volume des opérations. Dans le cas d’une équipe architecte+industriel, et au vu des enjeux financiers, tout porte à croire que l’industriel sera souvent l’ensemblier. La prééminence de l’industriel dans l’opération ne risque-t-elle pas de faire passer l’architecte – et la qualité architecturale – au second plan ?
Non pas qu’elle n’intéresse pas l’industriel, mais les échanges avec les équipes ont pu montrer que la démarche nécessaire à la qualité architecturale nécessite un travail itératif à chaque projet pour traiter la problématique urbaine, les notions de répétitivité, de modularité, ce qui n’est pas forcément dans la culture de l’industriel (cf. la question de la qualité architecturale).
La résolution de l’enjeu des performances techniques ne dispense pas d’un nécessaire travail architectural spécifique à chaque projet, pour éviter les tentations du copier-coller.

Bref, CQFD 3 exige que la question de la qualité architecturale soit abordée très largement dans la réponse des équipes. Elle dépend aussi de la typologie de l’équipe, du rôle de l’acteur économique ensemblier et de l’interaction des intervenants au cours des futures opérations.