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Un regard sur les réponses à CQFD

Mikael Seban, Architecte

Les réponses apportées par les 25 équipes lauréates de l’appel à projet CQFD se sont en majorité et naturellement portées vers l’atteinte des performances techniques exigées, et se caractérisent par des démarches de rationalisation très poussées : optimisation des matériaux, des process de chantier, de la performance de la « peau » des logements, parfois même jusque dans le cadre juridique…

L’expression architecturale d’une manière générale ne cherche pas y à révéler une démarche spécifiquement industrielle mais à se rapprocher, voire à « imiter » l’expression architecturale traditionnelle, parfois archétypale de la maison à deux pentes. Dans nombre de cas, il semble que la recherche de la performance technique ait absorbé une grande partie des ressources de conception des équipes.

D’autres ont cependant appréhendé leur procédé innovant (composants, 2D ou 3D) comme une matière à projet qui pouvait prendre des expressions variées et n’ont pas enfermé ce potentiel définitivement dans leur proposition. Chaque situation, demande, programme y garde donc la possibilité d’une réponse spécifique, flexible.

Les solutions bois sont nombreuses (40% des réponses, notamment dans les équipes intégrant architecte+industriel), le béton, le métal et le composite se répartissant les autres propositions. Elles sont le plus souvent associées à des procédés d’assemblage 2D orientés vers des programmes individuels et collectifs. Le choix de la filière bois est naturellement porté par les caractéristiques du matériau (stockage CO2, énergie grise, rapport à la qualité des l’air…) au regard des performances à atteindre, et par l’existence d’industriels experts et performants dans ce domaine.

L’enjeu urbain, notamment la question de la répétitivité d’unités industrielles est rarement pris en compte dans les réponses des équipes, notamment dans l’approche du logement individuel ou petit collectif : il n’est parfois pas abordé, ou simplement appréhendé comme la simple multiplication et juxtaposition d‘unités d’habitation.

L’urgence des enjeux environnementaux et l’atteinte des performances techniques qu’ils supposent ne doivent pas servir de cache-misère architectural. Au contraire, ils doivent servir une exigence de qualité architecturale qui sera le plus grand critère de durabilité des bâtiments construits. CQFD 3 tout en visant le BBC, doit être l’occasion de mettre l’accent sur :

- Les questions urbaines : la densité, le rapport à la rue, le stationnement...
- La question de la répétitivité dans une démarche industrielle : comment la répétition du module peut créer un ensemble cohérent, un front de rue ?
- Les typologies : quelles réponses sont données à la question de l’évolutivité, de la modularité, des nouveaux usages ?
- La flexibilité : comment l’industrialisation peut-elle produire aussi de la singularité d’une opération à l’autre ?